Médicaments et obésité

19Mar07

© 199/2005 http://www.gros.org Médicaments et obésité

Le « bon » médicament amaigrissant

Les médications amaigrissantes sont décevantes : soit elles se révèlent
inefficaces, tenant davantage du placebo, soit elles permettent un
amaigrissement, mais se révèlent alors dangereuses pour la santé.

Il est dans la nature même des médicaments d’avoir un effet qui ne dure
que durant qu’on les prend. On regrossit donc dès qu’on les arrête. Il
n’est pas rare qu’on reprenne plus de poids qu’on n’en avait perdu.
Ceci a en particulier été observé avec les extraits thyroïdiens et les
coupe-faim.

La tendance au surpoids et l’obésité sont des problèmes à considérer
sur la durée. Le médicament idéal serait donc celui qu’on pourrait
prendre la vie entière. Il faut pour cela qu’il soit totalement dénué
de toxicité. La recherche continue…

Les extraits thyroïdiens

Les hormones thyroïdiennes accélèrent le métabolisme et provoquent
ainsi une rapide combustion des réserves énergétiques et donc une perte
de poids. Malheureusement, cette perte de poids correspond certes à une
perte de graisse, mais aussi à une perte de tissus maigres et de
muscles.

Lorsqu’on arrête le traitement, comme la réduction du volume musculaire
entraîne une baisse des dépenses de l’organisme, les besoins en énergie
sont considérablement abaissés. Dans ces conditions, la reprise d’une
alimentation normale se traduit par une prise rapide de graisse et,
dans la grande majorité des cas, par un poids supérieur à celui qui
avait motivé la prise d’hormones. En définitive, le traitement aura
conduit à échanger du muscle contre de la graisse, avec un bonus
pondéral supplémentaire.

Les extraits thyroïdiens provoquent en outre des bouffées de chaleur et
des sueurs, des palpitations, des signes de nervosité. Ils peuvent
entraîner aussi des troubles cardiaques, mortels dans certains cas.

Ces médicaments, dangereux et inefficaces sur le moyen et long terme,
ne sont plus prescrits comme produits amaigrissants. Il arrive encore
cependant que certains médecins prescrivent pilules et crèmes à base
d’hormones thyroïdiennes, non plus directement, mais généralement
dissimulées parmi d’autres prescriptions, et arborant souvent, de façon
parfaitement abusive, l’étiquette de « prescription homéopathique ».

Les diurétiques

L’eau pesant un kilo par litre, la prise de diurétiques se traduit donc
par une perte de poids lisible sur la balance, pouvant aller jusqu’à
deux à trois kilos au maximum. Il n’est pas possible de perdre
davantage d’eau. Les diurétiques ne permettent pas de perdre de graisse
ou de cellulite.

Dès l’arrêt des comprimés, l’organisme asséché retient l’eau qui lui
fait défaut et les kilos « perdus » réapparaissent comme par miracle.
Afin de maintenir cet abaissement pondéral artificiel de un à deux
kilos, il est donc nécessaire d’avoir recours aux diurétiques de façon
permanente.

Or ces prises répétées provoquent une déshydratation, une chute de la
tension pouvant conduire à un état de fatigue permanente, des vertiges
et des syncopes. La fuite de potassium dans les urines peut provoquer
des troubles du rythme cardiaque, parfois mortels.

Les laxatifs

Certaines personnes pensent que les laxatifs peuvent contribuer à leur
amaigrissement en soustrayant les nutriments au processus de digestion.
C’est vrai en cas de prise importante: la diarrhée provoquée est alors
telle que bon nombre de nutriments n’ont pas le temps d’être absorbés.

La prise de laxatifs en quantité importante et régulière aboutit à une
perte d’eau et de sels minéraux, en particulier de potassium. On risque
alors une déshydratation entraînant chutes de tension, fatigue,
vertiges et syncopes, ainsi que des problèmes cardiaques, s’avérant
parfois mortels. Les personnes boulimiques sont fréquemment sujettes à
la frénésie laxative.

Des prises moindres, outre qu’elles n’ont aucun effet sur le poids,
rendent l’intestin paresseux : les laxatifs finissent par constiper.

Les anciens coupe-faim

LE DINITROPHÉNOL. Le dinitrophénol est un produit chimique largement
utilisé en chimie. Il provoque des troubles graves en cas
d’intoxication (éruptions cutanées, cataracte, fièvre intense, mort).
Il a été commercialisé en tant que produit amaigrissant dans les années
1930, puis interdit dans les années 1940.

L’ÉPHÉDRINE. Cet alcaloïde est extrait des éphédras, plantes qui
poussent à l’état sauvage en Chine, au Tibet et au Pakistan. Il est
alors commercilisé sous le nom de ma huang. Il est aujourd’hui produit
par synthèse. Il est utilisé en ophtalmologie pour dilater les
pupilles, et entre dans la composition de médicaments antiasthmatiques
ou pour traiter le rhume en raison de son pouvoir vasoconstricteur sur
la muqueuse des voies respiratoires. Il est aussi psychostimulant,
stimulant cardio-vasculaire et considéré comme dopant.

La PHÉNYLPROPANOLAMINE a sensiblement les mêmes effets que l’éphédrine.

Attention: ces médications, qui avaient été abandonnées avec l’arrivée
des coupe-faims amphétaminiques réapparaissent dans les prescriptions
magistrales (compositions que le pharmacien doit composer en officine)
de certains charlatans amaigrisseurs!

Les coupe-faim amphétaminiques et leurs rejetons

L’AMPHÉTAMINE. L’amphétamine agit sur le cerveau et, activant le centre
de l’éveil, provoque un état d’excitation physique et intellectuelle.
On s’est également rendu compte qu’elle diminuait la prise de
nourriture, essentiellement en retardant la survenue de la faim et en
réduisant la taille des repas.

L’AMPHÉPRAMONE. Certains dérivés de l’amphétamine conservent l’effet de
coupe-faim, mais ont une action excitante réduite, cinq à six fois
moindre. Parmi eux, l’amfépramone a été l’anorexigène le plus prescrit
dans le monde. Ce médicament engendre bouche sèche et nervosité dans
près de 10 % des cas, et plus rarement insomnies, constipation,
fatigue, vertige, somnolence ou impression de tête vide. Plus
exceptionnels sont les accidents d’ordre psychiatrique: dépression
sévère, psychose paranoïde.

L’action psychostimulante n’est pas sans inconvénient: l’euphorie et
l’hyperactivité sont suivies d’une période dépressive… qui appelle une
nouvelle prise d’amphétamine et engendre une dépendance. Comme l’effet
psychostimulant s’épuise, on augmente progressivement les doses. À la
longue, on observe des états dépressifs et des troubles psychiatriques
graves. Depuis peu, on a aussi constaté que les amphétamines et leurs
dérivés étaient responsables d’hypertension artérielle pulmonaire, une
maladie rare, mais mortelle. Ces complications expliquent que ces
produits soient désormais prohibés.

FENFLURAMINE et DEXFENFLURAMINE. La fenfluramine n’a pas d’effet
excitant sur le système nerveux. Du point de vue de l’efficacité, son
effet est comparable à l’amfépramone et elle permet une perte de poids
moyenne proche de deux kilos en huit semaines. Là encore, la reprise
pondérale est de règle à l’arrêt du traitement. La fenfluramine est
elle aussi responsable d’hypertension artérielle pulmonaire. Les
médicaments à base de fenfluramine sont donc eux aussi abandonnés.

Vraie et fausse homéopathie

L’arsenal pharmacologique classique, qui propose des remèdes qui
combattent directement la cause du mal, est appelé par certains
allopathie. L’homéopathie repose sur un principe différent : on
préconise de soigner les malades au moyen de substances données à doses
très faibles, infinitésimales, obtenues par dilutions successives. La
substance choisie est celle qui, à dose plus élevée, provoquerait des
symptômes semblables à ceux observés chez le malade. Ainsi,
l’homéopathie vise à stimuler les défenses et l’organisme du malade,
afin qu’il combatte lui-même sa maladie. Il n’existe pas de preuve
scientifique de l’efficacité de l’homéopathie, mais son positionnement
de « médecine naturelle » lui vaut un nombre croissant d’adeptes, tant
dans les rangs des médecins que des patients. Aujourd’hui, la grande
majorité du monde scientifique s’accorde à penser que les granules
d’homéopathie ne sont que le support de l’aura du médecin et que les
effets observés sont dus à la foi du patient en l’efficacité du
traitement.

La médecine homéopathique propose donc divers granules qui sont censés
faciliter l’amaigrissement. Mais le plus souvent, les médecins
homéopathes, prudents, conseillent dans le même temps à leurs patients
de suivre un régime. Enfin, méfions-nous de certains charlatans de la
maigritude, pseudo-homéopathes, qui camouflent hormones thyroïdiennes
et diurétiques sous un fatras d’extraits de plantes ou de substances
prétendument homéopathiques. Les ordonnances bourrées à craquer de noms
latins compliqués, à confectionner chez un pharmacien bien spécifié,
sont les plus susceptibles d’être faussement homéopathiques.

Plantes amaigrissantes

THÉ ET CAFÉ. Les effets psychostimulants et coupe-faim de la caféine et
de la théine sont connus depuis longtemps. Le thé contient aussi de la
théophylline et de la théobromine, qui ont des vertus diurétiques,
psychostimulantes, mais relaxantes des fibres musculaires lisses On a
aussi vanté l’action des tanins et des flavonoïdes du thé, qui
agiraient en mobilisant les graisses, en augmentant la thermogénèse et
en diminuant la digestion des lipides et des glucides.

Rien de tout cela ne suffit à faire sensiblement perdre du poids.

LE SÉNÉ. A des vertus laxatives. Voir laxatifs.

L’ORTHOSIPHON, LA REINE DES PRÉS, LA RACINE DE SASSAFRAS, LA FEUILLE DE
FRÊNE OU DE CASSIS. Plantes diurétiques. Voir diurétiques.

MA HUANG. Voir Ephédrine

HOODIA GORDONII: il s’agit d’extrait d’un cactus, connu comme excitant
par les Bushmen d’Afrique du Sud, et ayant des effets coupe-faim.
Présente tous les inconvénients des coupe-faim.

Le rayon des nouveautés

L’ORLISTAT (en France, Xénical®, laboratoire Roche). Ce nouveau
médicament inhibe certaines enzymes utiles pour la digestion des
lipides, les lipases pancréatiques. Les graisses non digérées sont
évacuées dans les selles, qui deviennent fréquemment quelque peu
graisseuses et nauséabondes. Cet effet déplaisant devrait, selon le
laboratoire, encourager à manger moins de graisses… En somme, on ne
doit prendre de l’Orlistat que si on est capable de suivre un régime
hypolipidique. Mais alors, pourquoi prendre de l’Orlistat? Quoi qu’il
en soit, l’effet sur le poids reste malgré tout modeste.

Le médicament nécessite une prescription médicale, n’est pas remboursé
par la Sécurité sociale (prix pour environ 1 mois de traitement: 89,94
euros).

LA SIBUTRAMINE (en France Sibutral®, laboratoire Knoll). Il s’agit
d’une molécule sans doute plus intéressante. Dans les années 1980, on
espérait en faire un antidépresseur, mais ce sont les effets coupe-faim
qui ont retenu l’attention des pharmacologues: la sibutramine, en
agissant sur les neuro-médiateurs du cerveau (noradrénaline et
sérotonine) permet à la satiété d’apparaître plus rapidement et conduit
donc certaines personnes (pas toutes: il y a de bons et de mauvais
répondeurs) de manger moins.

Le Sibutral est indiqué chez les personnes ayant un IMC supérieur à 30,
ou un IMC supérieur à 27 associé à d’autres facteurs de risque.

Il existe des contre-indications : hypertension artérielle (le Sibutral
augmente la tension artérielle), certains troubles cardiaques,
problèmes hépatiques ou rénaux, hyperthyroïdie, femmes enceintes ou
susceptibles de l’être. Le médicament a des effets psychostimulants,
est contre-indiqué chez les personnes ayant une appétence
toxicomaniaque, ou des troubles psychiatriques, peut provoquer des
insomnies. Le médicament ne doit pas être prescrit avant 18 ans et
après 65 ans.

On ne connait pas ses effets à long terme et on déconseille un
traitement d’une durée supérieure à un an.

En ce qui concerne les troubles du comportement alimentaire, le
Sibutral est contre-indiqué en cas d’ anorexie mentale ou de boulimie ;
concernant l’hyperphagie boulimique, il n’existe pas de données.

Les laboratoires Knoll commercialisent le Sibutral sous deux dosages :
gélules à 10 et 15 mg.

Le médicament nécessite une prescription médicale, n’est pas remboursé
par la Sécurité sociale

NOTRE AVIS: Pour les sujets répondeurs (chez qui le Sibutral a un effet
positif sur le comportement alimentaire) que se passe-t-il au bout d’un
an? L’effet du Sibutral ne se maintient évidemment que tant qu’on le
prend. Et donc, comme pour tout médicament, le considérer comme une
réponse suffisante aux problèmes de l’obésité et du surpoids relève de
l’ordre de pratiques magiques. Prendre un médicament ne dispense pas de
prendre en considération les difficultés de relation à la nourriture,
les difficultés psychologiques et sociales, émotionnelles et
relationnelles, en relation avec les problèmes pondéraux.

Note supplémentaire du 10 avril 2002. ATTENTION!

La Sibutramine ayant provoqué des effets indésirables graves ainsi que
2 décès, les autorités italiennes ont suspendu la commercialisation du
produit. La Sibutramine reste à ce jour commercialisée en France, mais
le laboratoire Knoll rappelle que le médecin doit impérativement
mesurer la pression artérielle et prendre le pouls tous les 15 jours
durant les 3 premiers mois, tous les mois durant les 3 mois suivants,
puis tous les 3 mois, et arrêter le traitement sur le pouls et la
pression artérielle augmentent respectivement de 10 battements/minute
ou 10 mm Hg.

Que penser du RIMONABANT?

Il s’agit d’une nouvelle molécule, actuellement au stade expérimental,
donc non encore commercialisée, tout d’abord proposé comme un
anti-tabagique qui éviterait de prendre du poids à l’arrêt du tabac,
qui pourrait aussi aider à l’amaigrissement des non-fumeurs.

Le nom commercial actuellement proposé par le laboratoire
Sanofi-Synthelabo serait «Acomplia» . Mais nous n’en sommes pas encore
tout à fait là.

Il s’agit d’un produit antagoniste du récepteur cannabinoïde central
CB1, qui bloque les récepteurs de ces molécules endocannabinoïdes (des
molécules synthétisées par les cellules nerveuses, analogues à celles
du cannabis). Les endocannabinoïdes ont pour action de stimuler les
centres de la faim, et le rimonabant combattrait cet effet.

Une étude portant sur 1036 sujets obèses, conduite sur un an, a montré
que le groupe des personnes associant Rimonabant et régime
hypocalorique avait perdu en moyenne 8,6 kg, alors que le groupe
placebo et régime hypocalorique perdait en moyenne 2,3 kg.

Une autre éude montre que la prise de poids est moindre sous rimonabant
lors de l’arrêt du tabac.

NOTRE AVIS: voilà donc une nouvelle molécule miracle qui se profile à
l’horizon. Subira-t-elle le sort des précédentes molécules-miracles, à
savoir une période de fol enthousiasme durant 5 à 10 ans (période
pendant laquelle certains parviendront effectivement à juguler tant
bien que mal leurs problèmes pondéraux), puis la découverte d’effets
inattendus et déplaisants (que l’on tentera de minimiser), la
constatation que le produit miracle n’a qu’un effet limité dans le
temps (quand on arrête le produit, on reprend du poids…), ne résoud pas
magiquement toutes les difficultés de la vie, et enfin, le constat que
le remède est pire que le mal ? (voir plus haut)

Qui vivra verra…

Rappelons aussi que, pour nous, les problèmes auxquels les personnes en
difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire sont
confrontées sont complexes. Peut-être un jour un médicament pourra-t-il
aider, mais il ne pourra pas faire disparaître la totalité des
difficultés (comportementales, psychologiques, affectives,
relationnelles) de façon magique. Mieux vaut donc ne pas attendre
passivement que le médicament résolve ses problèmes.

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