[MEDIA] Uffie – Brand New Life BY brain-magazine.com

23Mar08

Uffie – Brand New Life

Paris, 6 heures du matin, un jour de septembre. Uffie, Feadz et moi-même émergeons du Rex après une soirée bien arrosée. Ça fait des semaines que je dois interviewer celle que je connais depuis 3 ans sous le nom d’Anna, mais que les gens adulent aujourd’hui sous le nom d’Uffie d’Ed Banger. J’habite à 10 minutes, on décide de faire ça chez moi, autour d’un dernier verre. Impossible d’acheter de l’alcool à cette heure-là. Tant mieux. On fume deux, trois clopes en buvant du jus de fruits. Feadz s’endort. Je branche le magnéto. C’est parti pour deux heures et demi de discussion entre deux filles passablement alcoolisées.

Tu as été invitée à mixer dans une soirée à Los Angeles il y a deux semaines, c’était bien ton petit voyage en solo ?
Uffie : Je déteste L.A., crois moi, mais oui, c’était cool. Ça m’a fait du bien d’être seule pendant quelques jours. Fabien (Feadz, ndlr) est de loin la personne la plus importante dans ma vie, mais je suis trop dépendante de lui. Donc ça m’a fait du bien de voir que je pouvais faire des choses seule.

Tu as traîné avec qui là-bas ?
Pas mal avec DJ AM. On s’est tellement drogué, c’était déprimant… On s’est marré, mais en même temps je me suis sentie vraiment coupable parce que je n’étais à L.A. que pour trois jours. J’aime prendre des drogues de temps en temps avec mes potes, mais pas avec des gens que je ne connais pas, ou si peu…

Comment as-tu rencontré DJ AM ?
On s’est rencontré à une soirée, il y a environ 3 ans. Il a 34 ans, c’est sans doute le DJ américain qui marche le mieux en ce moment, mais son histoire est vraiment deep. En gros, il vient d’une famille super riche, mais complètement tarée. Il est salement devenu accro à la coke puis au crack. Il m’a raconté qu’un jour, il s’était regardé dans la glace, ses lèvres étaient complètement brûlées, ses mains ne ressemblaient plus à rien et il était obèse. Il ne l’avait jamais réalisé avant. Il a pris son flingue et il s’est tiré une balle dans la tête, mais la balle n’est pas partie. Maintenant, il va mieux, mais il vit toujours dans la fête et dans l’excès.

Comme toi…?
Non, quand même pas…

Mais t’es quand même un peu perchée, non ?
Aucun doute là-dessus. En tous cas, j’ai eu l’enfance la plus fucked up du monde…Mon père n’était jamais là. J’étais seule avec ma mère. Quand elle était enceinte de moi, elle était tellement malade qu’elle n’a pas pu sortir de l’hôpital pendant les derniers six mois de sa grossesse. On se hait depuis ma naissance.

Ah ouais…
Ma mère a grandi dans une petite ville des Etats-Unis. Quand elle avait 28 ans, elle a rencontré mon père, un Européen qui bossait dans la mode. Pour elle, c’était parfait, vu qu’elle était obsédée par l’argent et qu’elle considérait que les hommes devaient entretenir les femmes. Tellement stupide… Ma mère est le genre de femme qui n’aurait jamais dû avoir d’enfant parce que la seule chose dont elle rêvait, c’était cette vie soi-disant idéale.

Mais, tu es née où en fait ?
Dans le nord de la Floride.

Vous avez vécu à Hong Kong, à un moment…?
Oui, un jour, on a tous déménagé à Hong Kong. Mon père bossait tout le temps, il était jamais avec nous, et c’était tellement déprimant parce que j’aime mon père à en mourir et je détestais ma mère qui ne s’intéressait qu’à une seule chose : les fringues. Ma sœur était nageuse professionnelle, donc elle passait sa vie à nager et ma mère passait sa vie à se bourrer la gueule et à me dire des trucs horribles sur mon père.

Et donc, ton père a quitté ta mère ?
Non, on est rentré en Floride, et ma mère a acheté une maison pour vivre une vie normale et tranquille en banlieue. Mon père est parti travailler au Guatemala. Il était prévu que lorsqu’on quitterait la maison familiale, ils divorceraient.

Tu es l’aînée ?
Non, je suis la plus jeune… Je me souviens être allée voir mon père au Guatemala et lui demander pourquoi il vivait si misérablement. Il m’a répondu : « Parce que ta mère a besoin de milliers de dollars par mois pour s’acheter des fringues. » Finalement, mon père est tombé amoureux d’une autre femme et mes parents se sont enfin séparés.

Tu avais quel âge ?
11 ans. Je n’ai pas parlé à mon père pendant 2 ans parce que ma mère ne voulait pas.

Et pourquoi ton père a-t-il déménagé en France ?
Pour le travail. Et nous on vivait à St. Louis dans le Missouri, une ville tellement ghetto. J’étais une super bonne élève, j’avais que des A, et quand ma sœur rentrait bourrée, je lui gueulais dessus. J’étais tellement straight. Et puis, il s’est passé des sales trucs qui m’ont rendue passablement tarée. Je me suis mise à sortir tout le temps et à faire les quatre cents coups. Et pendant ce temps-là, ma mère est devenue une Born Again Christian, genre « J’ai personne dans ma vie, alors je vais avoir Jésus. » Maintenant, je trouve que ma mère assure, d’une façon assez étrange certes, mais je l’aime bien… Bref, en tous cas, je sais aussi que sans toutes ces histoires, j’en serais pas là où j’en suis aujourd’hui parce que ça m’a rendue tellement forte. J’ai vraiment l’impression que je suis en train d’écrire un nouveau chapitre de ma vie aujourd’hui.

Et comment ça s’est passé pour toi quand tu es arrivée à Paris ?
J’avais 15 ans. Je vivais avec mon père et sa nouvelle femme, qui avait deux enfants, dont une fille de mon âge. On s’est tellement marré toutes les deux. Sa mère nous laissait l’appartement avec 60 caisses de champagne et 60 boîtes de cassoulet et on faisait ce qu’on voulait.

Comment tu te sens en ce moment: tu as l’impression d’être la fille la plus chanceuse au monde ?
Oh oui. Je me trouve tellement chanceuse que je me sens coupable. Et c’est en partie pour ça que j’ai tellement de mal à travailler. Alors que Fabien bosse tellement… C’est vraiment dur de faire de la musique, de me considérer comme une artiste. Je me sens tellement merdique parfois. Même si je sais que je mérite quelque chose, pourtant.

Et c’est quoi ce que tu voudrais obtenir ?
J’ai tellement été baladée à droite à gauche que je voudrais me sentir chez moi. Mon plus grand rêve est d’avoir un jour une maison, un endroit à moi, solide. Depuis que je suis toute petite, je suis toujours en déplacement, et depuis que je fais de la musique, on ne passe jamais deux jours au même endroit. C’est cool, mais je voudrais vraiment avoir un endroit où je me sens chez moi. Ce n’est pas tant un truc matériel, c’est plus un sentiment. J’aimerais me sentir en sécurité.

Tu ne te sens pas en sécurité aujourd’hui ?
Pas encore. Mais je m’y approche.

Tu te sens bien à Paris ?
C’est dur parfois. La barrière de la langue fait que je parle peu, que je manque de confiance. Je suis beaucoup plus bavarde quand je suis aux States. Mais, j’aime vraiment Paris. J’aime cette ville pour tout ce que j’y ai découvert et appris. Je hais la culture américaine avec passion. Quand j’étais à l’école aux Etats-Unis, tout le monde passait sa vie à faire du shopping, à étudier la Bible ou à bouffer des cachets de Valium. Quelle vie de merde…

Et toi, tu étais ambiance nerd ou cheerleader à l’époque ?
Je faisais partie des moches. On me dit que je suis jolie seulement depuis que j’habite en France. J’ai été recalée en cours de sport parce que je refusais de porter un short, parce que je me trouvais trop blanche. Mon surnom, c’était Casper… Aux Etats-Unis, du moins dans le milieu dans lequel j’ai grandi, les filles sont censées aller à l’école pour rencontrer un homme. Le jour où il passe son diplôme, les filles arrêtent la fac pour devenir des bonnes petites femmes au foyer. Un jour, elles se retrouvent divorcées et leur vie devient vide. Donc oui, je suis vraiment heureuse d’avoir déménagé en France.

Tu te rappelles que quand on s’est rencontré, il y a trois ans, tu faisais croire que tu avais 19 ans, alors que tu en avais 16 ?
Bien sûr… Quand je suis arrivée à Paris, à 15 ans, j’aidais un peu mon père en bossant avec lui chez Lee Cooper, notamment en organisant parfois des soirées. Avec l’approbation de mon père, j’ai commencé à mentir sur mon âge parce que je ne pouvais pas traîner dans les clubs alors que j’avais 15 ans, donc je disais que j’en avais 18. J’ai rencontré Fabien parce que je l’ai engagé comme DJ à une soirée que j’ai organisée. C’était vraiment une grosse soirée. J’en revenais pas d’avoir fait ça. En tous cas, bref, j’avais 16 ans, mais je lui ai dit que j’en avais 19. Je l’aimais bien, mais je ne pensais pas que ça serait sérieux entre nous. Mais c’est devenu la relation la plus sérieuse au monde, et je n’osais pas lui dire mon âge parce que j’étais persuadée qu’il me quitterait. J’arrêtais pas de repousser le moment où je lui dirai. Je lui faisais croire que j’allais bosser alors que j’allais à l’école, j’étais empêtrée dans un putain de gros mensonge. En fait, ça ne m’a pas vraiment dérangée jusqu’au jour où Fabien m’a emmenée voir ses grands-parents dans le Sud. Je ne m’étais jamais sentie coupable de ma vie, c’était horrible.

Et cet été-là, quand tu t’es retrouvée avec nous, des amis de Fabien, tu te sentais mal par rapport à ça ? Tu culpabilisais ?
Oui… Je me sentais tellement mal. Déjà, je venais d’un monde complètement différent du vôtre, et en plus, je prétendais avoir trois ou quatre de plus. Je me sentais coupable de rentrer à ce point dans la vie de Fabien alors que je lui mentais, et c’est pour ça aussi que je me montrais si renfermée avec vous. Un jour, je me suis décidée à lui montrer mon passeport. Pendant une semaine, il me répétait en boucle: « je suis un putain de pédophile ». Ça a été super dur pour lui pendant des mois.
(10 minutes plus tard… Nous sommes allées acheter des cigarettes. Uffie check son MySpace). Je t’ai raconté que j’ai rencontré Tom à une soirée à Los Angeles ? Ha ha, trop drôle…

C’est qui les plus grosses stars avec lesquelles tu as traîné ?
Pharrell ou Kanye West.

Et alors, tes impressions ?
Pharrell est beau, mais il y a un truc faux en lui. C’est en tout cas l’impression que j’ai eue quand on était à Tokyo pour l’anniversaire de sa boutique. Et Kanye, je l’ai rencontré quand il est venu à un de nos concerts dans un club coincé et prétentieux à Paris ( Chez Maxim’s, ndlr).

Tu savais qu’il allait venir ?
Disons que Pedro nous disait qu’il allait venir, mais Pedro, il dit toujours ce genre de trucs. Je monte sur scène, mais j’étais pas dedans. J’étais dans une ambiance bitchy, saoulée d’avoir dû payer des verres à 20 putain de dollars, et d’être entourée de gamins coincés qui dansaient pas. Mais bon, alors que je commençais à me mettre un peu dans l’ambiance, j’aperçois Kanye sur une table en train de danser. Grosse pression. J’arrête tout net de raconter des conneries à la foule. Notre concert était nul, et le son était tellement pourri, mais une fois que je descends de scène, Kanye vient me féliciter en me disant que c’était un pur set, que Pop The Glock est son morceau du moment et qu’il l’écoute tous les jours. C’est ce soir-là où il a proposé à So-Me de co-réaliser son prochain clip.

En parlant de So-Me, j’ai une réclamation pour ta dernière pochette. L’un des dessins de toi est vraiment raté, et celui de Fabien est tout simplement horrible…
So-Me est juste super busy, mais c’est vrai qu’il aurait pu faire un effort sur le dessin de Fabien. Tous les dessins de moi viennent d’une série photo faite par Cobra Snake. Je crois que ma pochette préférée est celle de mon premier maxi.

T’as quoi comme relation avec Quentin (Dupieux aka Mr Oizo, ndlr) aujourd’hui ?
Il est un peu comme l’oncle cool que tout le monde a dans sa famille. Il est tellement gentil avec moi. Il y a quelques semaines, tout à coup, la machine s’est emballée. Pedro a décidé que mon album devait sortir dans les mois à venir, et qu’on allait faire des vidéos, etc. Quentin est intervenu en disant que j’avais mon mot à dire, que j’étais jeune et que j’avais besoin de rester jeune et que si je voulais continuer à juste sortir des singles débiles, il était down avec moi, mais que si je voulais vraiment me mettre à bosser, il était aussi down. Ça m’a vraiment touchée. Quentin peut être vraiment dur, mais j’ai de la chance parce qu’avec moi, il est d’une gentillesse extrême.

Et au niveau musical, ça se passe comment ?
Ça lui arrive de ne rien m’envoyer pendant des mois. Avant First Love, on n’avait rien reçu de lui depuis cinq mois, et puis bam, il l’envoie et il se produit immédiatement un truc magique. C’est tout de suite évident pour moi de bosser sur ses tracks, les voix et les instrumentaux s’emboîtent tout de suite.

J’ai entendu la dernière instru qu’il a faite pour toi, elle est incroyable, et tellement différente de ce qu’il fait d’habitude…
Pfff… Elle est juste magnifique. Crois-moi, je vais vraiment faire un effort pour écrire le texte.

Tu as 19 ans, et tu es entourée de gens de 30 ans, c’est difficile pour toi de trouver ta place ou de parvenir à être toi-même ?
A vrai dire, j’ai toujours traîné avec des gens plus vieux que moi. Mais pour te répondre, oui, c’est dur parfois. C’est assez étrange, mais des fois, du coup, je me force à agir comme une gamine. J’ai 19 ans et je gagne ma vie, et autant je ne veux pas rater cette chance qui m’est donnée en ce moment, mais parfois, je me dis aussi que je rate des trucs de mon âge, alors je me force à agir comme une sale gosse. Fabien me le reproche, et je le comprends, mais par moments, je veux aussi me battre pour ce que je suis. Je devrais avoir le droit de claquer tout mon cachet de la veille dans une robe sans me sentir coupable. Je ne veux pas devoir penser à ouvrir un compte en banque pour faire fructifier mon argent…

Mais tu penses à ton futur quand même ?
Tout le temps. Non stop. J’aimerais un jour monter une boîte dans la mode avec mon père. Je suis ravie que ça se passe si bien dans la musique, mais un jour, je veux avoir un vrai travail. Je veux connaître ça. Je veux avoir une famille aussi.

Et ça te fait chier parfois l’image bitchy trashy que tu as en tant qu’Uffie ?
Ce que je vis en ce moment a été si soudain et si énorme, le genre de trucs que ton cerveau n’arrive pas à réellement intégrer… L’autre jour, à L.A., on est allé dîner avec DJ AM, et on s’est fait attaquer par les paparazzis. Je ne vais pas jouer les victimes, mais c’est clair que je ne veux pas devenir une star.

Mais tu arrives à faire la part des choses entre Anna et Uffie ?
Le truc, c’est qu’on m’appelle Uffie depuis que je suis toute petite. Je suis bipolaire, j’ai des moments d’euphorie extrême et des moments de grande déprime. Je ne suis pas une personne différente quand je suis sur scène en tant qu’Uffie. Disons que je suis moi-même, mais dans une version plus extrême.

Tu perçois comment tout ce qui t’arrive ?
Je crois que j’essaie vraiment de ne pas y penser. Avec tout ce que ça comporte comme côtés positifs et négatifs. Récemment, j’ai passé un mois sans boire, parce que je voyais que je déconnais trop, et ben c’était horrible. Déjà, c’était beaucoup plus dur de faire des concerts, même si du coup ils étaient vraiment mieux… Mais j’ai réalisé que c’était dur de vouloir changer. Les gens qui m’entourent préfèrent la version Anna folle. J’ai parfois l’impression que j’ai uniquement le droit d’être une party girl, et que du coup, j’ai pas le droit de parler de sujets sérieux ou tristes. Uffie, c’est moi, mais ce n’est qu’une partie de moi. Et les gens ne veulent que cette partie de moi. Le reste, ils s’en foutent, ils n’en veulent pas.

En même temps, ça ne tient qu’à toi d’écrire des textes plus profonds pour faire comprendre qui tu es…
Je sais. Et je compte bien le faire sur le nouveau morceau de Quentin. C’est dur les critiques quand même, pourquoi il faut tout le temps que les gens jugent et donnent leur avis ? Si t’aimes pas, n’écoute pas. Laisse-nous faire notre truc. Je sais que ce que je fais est silly… Et alors ?

* Propos recueillis par A.C // Photos : Bastien Lattanzio. http://www.brain-magazine.com

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